Le jour où j'ai payé pour faire une dictée
Dernière mise à jour : 28 juil.
Si, enfant, on m'avait dit qu'un jour je paierais pour faire une dictée un samedi matin, j'aurais probablement demandé quelle punition j'avais bien pu mériter… ou quel pari j'avais perdu. Car l'orthographe n'a jamais été mon fort. À l'école, les dictées étaient davantage synonymes d'humiliation que de plaisir. Alors l'idée de payer pour revivre cette expérience me laissait quelque peu dubitative.

Mais ce samedi-là, les planètes étaient alignées. Je ne travaillais pas, j'étais accompagnée et, surtout, la dictée se déroulait dans un café que j'aime beaucoup. Je me suis donc dit qu'au pire, un Blue Mountain et une part de red velvet cake pourraient toujours me consoler. Me voilà donc partie pour la dixième édition de La Dictée t'aime ©. En arrivant, Dominique, accueille chacun avec enthousiasme et rappelle les règles de base : ici, pas de compétition, seulement de la bienveillance et l'envie de partager un bon moment.
Nous sommes huit autour de la table, dont deux habitués. L'atmosphère est détendue. On plaisante déjà sur nos futures erreurs. Avant de commencer, Dominique raconte la naissance de son projet. Après avoir participé à la Grande Dictée puis à la Dictée sensuelle en Martinique, elle décide de créer son propre rendez-vous. Frustrée par les fautes qu'elle croise au quotidien, elle préfère transformer cette irritation en initiative plutôt que de s'en plaindre.
Sa recette est simple : des textes qu'elle écrit elle-même, une histoire qui se poursuit d'une édition à l'autre, des partenaires locaux mis à l'honneur et une dimension solidaire.
Une partie des inscriptions est reversée à l'association Nous Toutes, l'occasion pour elle de sensibiliser les participants au violentomètre et à la lutte contre les violences faites aux femmes. Puis vient le moment de vérité.
Contre toute attente, la dictée est loin de ressembler au souvenir que j'en gardais. Personne ne cherche à piéger qui que ce soit. L'ambiance est studieuse, mais ponctuée de rires. On tente parfois d'arracher un indice à Dominique, qui se prête volontiers au jeu... sans jamais dévoiler la moindre réponse. Et surtout, ici, personne n'est jugé. Chacun corrige sa propre copie et une erreur vaut un point. Les résultats vont de un à vingt-et-un. Pour ma part, je termine avec... cinq erreurs. Bien mieux que ce que j'imaginais. De quoi repartir un peu réconciliée avec mes souvenirs de dictée.
La matinée s'achève par un tirage au sort. Grâce aux partenaires, chacun repart avec un marque-page — ce qui tombait plutôt bien, puisque j'en cherchais justement un depuis plusieurs semaines — ainsi que des bons d'achat. Les plus chanceux remportent également par tirage au sort des produits locaux.
Une fois les copies rangées, les échanges se poursuivent naturellement. On ne parle plus seulement d'orthographe, mais de la langue française elle-même : de son évolution, des mots qui apparaissent, de ceux qui disparaissent, de ces règles qui changent au fil du temps. On évoque aussi le regard parfois très sévère porté sur les personnes qui font des fautes, comme si quelques erreurs suffisaient à résumer leur intelligence ou leur culture. La discussion se termine autour des dédicaces du livre de Dominique, Alzheimer, sa mère, dont je reparlerai prochainement.
Au fond, le véritable enjeu n'est peut-être pas le nombre de fautes que nous faisons. Une langue vit, évolue et se transforme. Le plus inquiétant est sans doute moins l'existence des erreurs que l'appauvrissement progressif de notre vocabulaire.
Je suis arrivée avec l'impression de revivre une punition scolaire. Je suis repartie avec quelques cadeaux, un nouveau mot — chionosphérophile — et, surtout, la satisfaction inattendue d'avoir figuré parmi les meilleurs.
Est-ce que je deviendrai une habituée de La Dictée t'aime © ? Probablement pas; il faut toujours partir sur une victoire.
En revanche, je recommande volontiers l'expérience. Pas seulement pour tester son orthographe, mais parce qu'elle rappelle qu'une langue est avant tout un formidable prétexte à apprendre, à échanger… et parfois même à rire de ses propres erreurs.
En savoir plus:
Suivre La Dictée t'aime © : @lesmotsdor97
Suivre Alzheimer sa mère: @alzheimer_sa_mere
Les partenaires de la 10e édition:
Nous Toutes Guadeloupe: Collectif féministe dont le but est d'en finir avec les violences sexistes et sexuelles @noustoutes971
Les Papillantes : Resto Végé&Pâtisseries Végétales / Sans Gluten @les_papillantes
Aza & Noliwé: Maison de papeterie caribéenne - @azaetnoliwe
Projet vdb: Produits en fibre de bananier @projetvdb
La kaz à boudins: Vente de boudins et divers produits locaux d'exception @lakazaboudins
La fabrique de lauvythan: Gourmandises Fines et Traditionnelles de Guadeloupe @lafabriquedelauvythan
BiotBerry: Reprogrammation neuronale+corporel @biotiberry_therapie
Les Bonnifieurs: Coffee-shop & Torréfaction artisanale @les.bonnifieurs
Kisnelko: Illustrations caribéennes @kisnelko.art
Miss Z: Clothing @missz.caraibes







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